Carnet de voyage hors des sentiers battus en France et autour du monde

Un bus pour Katmandou

-

  • View Larger Image Katmandou en bus - récit de voyage d'un tour du monde

Un bus pour Katmandou

-

11 juin 2017

2 Commentaires

Après trois semaines dans une Inde chauffée à blanc, nous prenons la direction du Népal. Gagner un peu d’altitude et respirer un air moins étouffant nous fera du bien. Mais avant, il faut passer l’épreuve du bus.

Pour épargner nos mollets, nous avons choisi de relier Katmandou en bus. De l’Himalaya, nous préférons connaître les descentes plutôt que les montées. Moi qui me réjouissais de pouvoir enfin prendre des photos sans avoir à surveiller la route, je suis déçu. Le trajet se fera de nuit. Pourtant, en montant dans l’engin, je me ravise aussitôt : le spectacle sera à l’intérieur.

Le chauffeur nous a installés, nous et notre montagne de bagages, à côté de lui à l’avant, sur une banquette étroite et bancale. Franck me tombe dessus, et si je ne ferme pas la fenêtre, je tombe du bus. En position horizontale, les jambes allongées jusqu’au pare-brise et le bras accoudé à la fenêtre, je ne boude pourtant pas mon plaisir. Gamin, j’aurais tout donné pour être assis à côté du chauffeur. Là, en plus, j’ai le droit de mettre les pieds sur le tableau de bord ! Jubilatoire !

Le paradis du kitsch

Nous explorons du regard le cockpit du bus. Eclairé par la lumière de deux spots, un vert, un rose en forme de grappe de raisin, tout un petit monde coloré s’étale sous nos yeux. Le portrait d’un dieu barbu nous sourit sous les fleurs rose artificielles en plastic véritable fixées sur le pare-brise. Mis en lumière par une guirlande de diodes rouges et vertes qui clignotent en alternance, un bouddha sous la neige trône fièrement au centre de la plage avant. Le baldaquin qui l’abrite passera tout le temps du voyage à tomber et le chauffeur à le remettre d’aplomb ! Collés un peu partout, des stickers dont les enfants décorent la porte du frigo exhibent de gros costauds bodybuildés, marcel, bras croisés, muscles aux aguets. Pour encadrer ce tableau de choix, une guirlande blanc-rouge-violet à pompons fait le tour du pare-brise. Le paradis du kitsch est ici.

Du plafond pendouillent de part et d’autre de la cabine des fils électriques d’où se balancent de minuscules haut-parleurs qui crachent à plein volume une musique indistincte. Avec les cahots de la route, la fenêtre qui menace de s’ouvrir pour me jeter dehors, les enceintes qui nous crachent dessus et les arrêts incessants, la nuit s’annonce blanche… Sans compter les coups de freins et de klaxons.

Petit lexique de bus parlé

En Inde, le klaxon est le prolongement de la bouche du chauffeur. On discute avec son klaxon. Voici une liste de quelques uns des codes que j’ai cru repérer :

– un coup normal : « attention, j’arrive ! »
– deux coups normaux : « attention, je double ! »
– deux coups longs et appuyés : « j’ai dit attention je double ! »
– un coup très long et très appuyé : « Si tu ne me laisses pas passer, il va y avoir du petit bois… »
– un coup très court : « Salut Robert, ça gaze ? »
– un coup très court (en réponse à un coup très court) : « tranquille, la routine… »
– plusieurs petits coups rythmés : « Tiens ! Et si je klaxonnais un petit coup, moi ?! »
– nuit, appels de phares, pas de coup de klaxon :  » Personne n’arrivera en face dans ce virage, c’est sûr ! »
– quinze coups très longs et très appuyés : « Nom de Dieu, tu vas le virer ton troupeau de chèvres ?!!! »

Bref, le klaxon s’adapte aux différentes situations du voyage et les chauffeurs indiens en usent et en abusent.
C’est au bout d’un voyage de neuf heures dans ces conditions que nous arrivons à Katmandou, pas frais mais contents d’être en un seul morceau.

Katmandou en bus - récit de voyage d'un tour du monde

Vous avez apprécié cet article ?

N’hésitez pas à le partager et à le noter.

Un bus pour Katmandou

Écrit par

Pour poursuivre le voyage


Les livres, trésors des cités bibliothèques de Chingetti

-

27 juillet 2017

Vous avez un peu de mal à suivre où je suis et à savoir où j’en suis. J’avançais en sous-marin sur des projets qui arrivent enfin à leur terme. Je […]

Bodnath temple, sous les yeux du bouddha

-

2 juillet 2017

Loin de la fièvre des festivités auxquelles j’ai assisté à Patan, le Bodnath temple est un lieu de calme et de sérénité. Les yeux du bouddha qui ornent la base […]

Voyage à pied en France - carnet de voyage

-

9 avril 2017

Que retenir de ce voyage à pied en France ? Coup d’oeil dans le rétro sur les neufs premiers mois de marche à travers la diagonale du vide. Des Ardennes […]

Comment je suis devenu chaman - carnet de voyage en france

-

3 juillet 2016

Il n’y a pas d’extrait, car cet article est protégé.

 

Laissez un petit mot

  1. donlope

    13 juin 2017 à 13 h 22 min - Répondre

    Même sans photo, on imagine tellement bien le tableau de bord du bus 🙂

    • Mat

      19 juin 2017 à 1 h 30 min - Répondre

      Haha 😀 Merci Sébastien !
      Je me souviens que frustré de ne pas pouvoir prendre de photos (j’étais un photographe timide à l’époque, un peu moins aujourd’hui), j’avais scrupuleusement décrit tout ce que je voyais. Je suis content que tu te sois ta petite image mentale. JE suis sûr qu’elle est aussi flamboyante que l’originale 😉